Mon été 1987 "Dimanche 11 août, Une recette de Fatima"

Dimanche 11 août                            

UNE RECETTE DE FATIMA

Mon réveil s’est fait en douceur. Fatima a préparé une montagne de gâteaux : des ronds, des carrés, des triangulaires. Certains au goût prononcé de miel, d’autres aux amandes. C’est un véritable délice. Je me régale et cette petite douceur me redonne l’envie d’être gaie. Se réveiller dans ces conditions c’est un véritable bonheur. J’ai le sentiment que la journée sera bonne. De petites choses simples font tellement du bien au moral.

Fatima est contente. Je ne sais pas de quoi, mais ce n’est pas important. Le principal est qu’elle reste ainsi toute la journée. Je m’en contenterai volontiers. Elle m’annonce, d’une voix chantante, que nous allons à la plage. Après avoir bu mon café noir (elle s’est habituée) à la hâte, de peur qu’elle change d’avis, je me précipite dans la chambre pour faire les lits et me changer. Son époux travaille, donc nous irons seules, à pied, avec les enfants. De Zéralda à la plage, il y a environ trois kilomètres. Sur le chemin, les petits sont heureux et n’ont pas l’air de souffrir de la chaleur. Moi non plus d’ailleurs, car mon corps s’est adapté au climat. Nous portons les sacs de plage tout en discutant de tout et de rien. Que signifie ce brusque changement ? Le parfum sur sa peau m’est familier. Pourtant elle m’a dit avoir utilisé tout le pot de crème Nivea que je lui ai offert.

Nous sommes en semaine et malgré la période estivale, il y a peu de monde sur la plage. La musique, par contre, est toujours présente : les radiocassettes hurlent à tue-tête et nous encerclent. Leurs propriétaires, des jeunes bien évidemment, filles et garçons mélangés, s’amusent et dansent comme si la Terre entière leur appartenait. On doit avoir le même âge. Mais en ce moment, je me sens vieille, tant je suis usée et fatiguée. Du coup, je parais dix de plus.

Fatima nous a préparé une huile solaire maison, dit-elle. C’est un mélange d’huile d’olive et de citron. Je m’en étale sur les jambes, les bras, le visage et le dos, pour lui faire plaisir, en signe de paix. Pourtant je n’en ai pas envie !

Au bout d’une heure, entre le soleil, le sable et le sel de mer, je ne suis plus qu’une frite bien collante et salée de surcroît, prête à l’emploi. Je ne cesse de nager pour essayer d’enlever cette mixture. Au contraire, c’est de pire en pire. Lorsqu’il est l’heure de rentrer, je n’ose même plus m’habiller tant je suis gluante. Je suis pourtant contrainte d’admettre que je n’ai pas d’autre solution, sachant qu’ici je ne peux me permettre de rentrer en maillot de bain. Encore ce satané principe.

Durant tout le trajet, je porte la petite et le sac de plage, ce qui n’arrange pas mon état. De plus, j'ai vraiment mal au dos. En arrivant, je cours presque jusqu’à la douche. Malheureusement, peu d’eau sort du tuyau, juste un filet (c’est courant ici). Je n’arrive pas à me rincer correctement et je maudis intérieurement, l’eau et la lotion de Fatima.

Le soir, je me couche ainsi en jurant que jamais plus je n’utiliserai quelconque lotion inventée par Fatima. J’aimerais, au moins pour me soulager, me mettre un peu de crème Nivea, mais je ne trouve plus mes pots. Je n’ai pas le courage de chercher davantage. On verra demain. Je suis brûlée de partout et les moustiques vont se régaler. Mais malgré tout, la fatigue l’emporte et je plonge dans les bras de Morphée sans crier gare.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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