Mon été 1987 "Mardi 13 août, Pacte de paix"

Mardi 13 août                  

PACTE DE PAIX

Après l’épisode malheureux de la veille, l’atmosphère s’est adoucie.

Je deviens petit à petit une fille du pays. Je m’imprègne de plus en plus de l’ambiance locale que j’ai voulu refouler jusqu’à présent. Je passe ma journée au rythme du soleil. Je traîne sur le balcon en écoutant de loin les bruits de la cité, devenus familiers.

Fatima, j’ai bien dit, Fatima, m’apprend la danse du ventre. Je suis là, en face d’elle, comme si j'étais son reflet, en djellaba, pieds nus, en train de me tortiller dans tous les sens. Cette danse traditionnelle dégage une sensualité à fleurs de peau. Je n’ai pas de mal à la suivre car j’ai pratiqué le modern-jazz pendant toute mon adolescence. La différence est que les Algériennes sont plus en chair que moi, donc c’est véritablement plus beau. Cette danse contraste réellement avec leurs interdits ridicules, leurs traditions terribles. N’importe quel homme, en France, craquerait devant un tel érotisme.

Nous cuisinons ensemble, en musique. Elle me montre comment rouler le couscous avec les mains. C’est tout un art. Les moments complices, nous n’en avons jamais eu et je me surprends à l’apprécier.

Abdel m’a appelée pour m’annoncer qu’il ne peut encore pas venir. Cela me fait mal, mais je sais qu’il n’y peut rien. Il est sous les ordres de son père qui est le patron de la boulangerie. Ma joie retombe tel un soufflé et je redeviens nostalgique. Je pense à mes parents. Maman a-t-elle reçu ma carte postale ?

Je l’espère en tout cas. Mais je ne sais pas comment de temps met le courrier à arriver à destination.

La journée s’est déroulée dans une ambiance doucereuse et agréable. Comme si elle devait être la dernière… ma dernière chez Fatima !

Intuitivement, je le sens, mais je ne peux l’expliquer. Un frisson incontrôlable me parcourt le long du corps. Comme un mauvais pressentiment, un danger quelconque.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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