Mon été 1987 "Mercredi 14 août, Préparatifs"

Mercredi 14 août

PRÉPARATIFS

En me levant, je découvre Fatima dans sa chambre, affairée à préparer des valises. Après les moments précieux de mardi, je vais à la cuisine prendre mon café sans la déranger. Il est vrai qu’elle ne doit plus se sentir chez elle depuis mon arrivée. Je deviens encombrante pour tout le monde. Ma présence devient de plus en plus pesante. Et je le comprends tout à fait.

Je savoure mon café, assise par terre, sur le balcon. Le soleil est déjà chaud, les enfants jouent dehors et son époux est au travail. Ce silence apaisant est fragile, autant l’apprécier.

Elle vient me rejoindre et m’embrasse comme elle ne l’a jamais fait. Elle est semblable à la veille, c’est-à-dire chaleureuse. Après ce moment de tranquillité partagée, elle me prévient qu’ils s’absentent pour le week-end. Ils partent rejoindre la famille de son mari originaire de Kabylie. Elle ajoute qu’ils me laissent l’appartement, que cela ne pose aucun problème. De toute façon, ai-je le choix ? Je n’ai pas d’adresse où aller.

Cependant, je ne dois pas, me dit-elle, sortir seule, répondre au téléphone, me montrer au balcon et je ne dois surtout pas ouvrir la porte d’entrée à personne.

En fait, me cacher. Je n’écoute plus ses recommandations qui m’attristent, je suis déjà dans mes pensées.

Abdel sait-il que je reste seule à Zéralda ?

Et s’il me téléphone ?

Je suis au bled depuis dix-sept jours seulement et pourtant j’ai l’impression d’être ici depuis une éternité. Si je fais le bilan de ces deux dernières semaines, à part quelques moments agréables, j’ai vécu en léthargie totale, tel un légume. Je suis en prison contre mon gré. La liberté dont je rêvais s’est transformée peu et peu et rapidement en cauchemar. Je suis soumise à mon tour sous l’influence des lois islamiques…

C’est tout à fait normal qu’ils vivent leur vie sans moi. J’espère seulement que Fatima a eu la présence d’esprit et la délicatesse de prévenir Abdel.

Je ne le sais pas encore, mais c’est la toute dernière fois que je vois Fatima.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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