Mon été 1987, "Vendredi 16 août, L'égyptienne"

Vendredi 16 août       

L’ÉGYPTIENNE

Après une nuit sans sommeil et peuplée de mauvais rêves… À chaque bruit dans l’escalier, j’avais peur qu’ils reviennent. Je n’osais plus ni respirer, ni bouger. Une dame noire que je n’ai jamais vue me trouve là, sur le palier. Elle me parle gentiment et m’aide à me relever. Dans ses grands yeux sombres, je lis toute sa compassion. Le sang collé le long de mes jambes, mes vêtements abîmés : pas besoin d’explication, elle devine mon cauchemar. Je la vois poser ses doigts sur la main de Fatma (une médaille comme nous la Vierge Marie) et sans que je m’attende à une telle réaction, elle se met à hurler. Elle jure en arabe et a honte de ses compatriotes. Elle m’aide à marcher jusqu’à son appartement qui se trouve à l’étage au-dessous. Comme une enfant, je vais la laisser me déshabiller, me laver et me dorloter. Cela me fait du bien. Je manque cruellement de tendresse maternelle et je m’en aperçois subitement. Tel un nourrisson, j'ai besoin de ma maman. Cette femme est fantastique. Elle vit ici depuis peu car son mari est Algérien. Elle connaît le racisme, elle est Égyptienne et noire de surcroît. Elle a quatre enfants de six à quinze ans, ils sont chaleureux et fraternels avec moi. Elle m’offre l’hospitalité sans me juger, sans me poser de questions. Je suis son invité, me dit-elle. Elle m’interdit même de participer aux tâches ménagères. Je lui explique que mon petit ami est à Alger et que je dois le prévenir. Elle me demande de récupérer avant de l'appeler. Elle aimerait m’emmener avec elle en Égypte car elle craint pour ma vie. Je lui dis que c’est impossible pour deux raisons : la première, je ne peux pas trahir Abdel ; la seconde, je ne suis pas vaccinée pour ce pays.

J’ai suivi finalement son conseil… J’ai dormi, paraît-il, presque quarante-huit heures. Il est vrai que j’ai un trou noir durant lequel je suis restée muette et amnésique… Le besoin sans doute de me retrouver avec moi-même et de digérer ce coup dur : un viol collectif. Personne ne doit savoir ce que j’ai subi. Je me sens salie et meurtrie à jamais. Si Allah est grand comme les hommes le disent, ils paieront...

Texte@Laura Mare

A suivre !

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