Mon été 1987 "Dimanche 18 août, Changement de domicile"

Dimanche 18 août     

CHANGEMENT DE DOMICILE

Remise plus ou moins sur pied, j’appelle enfin à Abdel. Mon amie égyptienne connaît une dame de la cité qui a le téléphone. Je l’embrasse tendrement et lui fais promettre de garder mon secret. Abdel arrive rapidement, furieux contre sa famille. Il me pensait sincèrement avec eux. Il frappe à la porte de chez sa tante. C’est l’oncle qui ouvre. Il a l’air seul. Il croyait, trouvant l’appartement vide, que j’étais avec Abdel. En fait, pendant quarante-huit heures, personne ne se souciait de mon devenir... J’ai juste le temps de reprendre mes affaires et nous partons en voiture.

Nous sommes ensemble, mais je suis mal à l’aise. Ce terrible poids m’empêche d’être naturelle. Abdel décide de m’emmener dans un complexe de vacances, appelé Sidi-Féruj. Il pense que là-bas, ils accepteront de me céder une chambre.

En arrivant devant ce bel endroit qui jure avec l’environnement traditionnel et les casbahs, je pense que je devrais rentrer dans mon pays. Mais je reste silencieuse. Le hall du complexe est immense et ultra-moderne. Ce contraste avec Zéralda est surprenant, mais après ce que je viens d’endurer…plus rien ne m’émeut.

Assise sur une chaise, je regarde Abdel me négocier une chambre. Je sais qu’il ne restera pas à mes côtés. Je suis triste de le voir de plus en plus fatigué. Mais vu mon état général, je n’ai plus la force de me battre, d’avancer. J’essaie de lutter de toutes mes forces pour ne pas appeler mes parents. Je ne sais plus où j’en suis…Je suis là maintenant, ce matin encore chez mon amie égyptienne, il y a deux jours cette agression et avant Fatima… Et puis, en continuant à faire marche arrière dans mes souvenirs, je remonte jusqu’à ma décision de partir. J’en viens même à penser au conseiller de l’agence de voyages. Ils avaient finalement tous raison. Difficile de l’admettre, mais c’est la réalité.

Je comprends désormais que l’amour a des frontières, les cultures et la religion sont plus fortes que les sentiments.

Abdel, ne va pas mieux, épuisé et las de cette situation, je le sens de plus en plus distant. Il m’aide à porter mes bagages, le plus lourd est dans ma tête… Je sais qu’il a téléphoné mes parents et qu’ils ont peur pour moi. S’ils savaient qu’il est trop tard pour avoir peur !

Il m’embrasse et repart pour Alger.  

Texte@Laura Mare

A suivre !

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