Mon été 1987 "Mardi 20 août, Dernier espoir"

Mardi 20 août

DERNIER ESPOIR

Abdel est venu me récupérer au complexe. J’ai passé deux nuits à Sidi-Féruj. C’est, comme une fugitive ou une terroriste, que je le suis, changeant de domicile régulièrement.

Avant de quitter la France, une amie algérienne m’a laissé son adresse de vacances, à Alger, dans le quartier populaire, Alger la Blanche. Il m’y emmène dans l’espoir qu’elle puisse m’héberger. Quel endroit terrible... J’ai vraiment très peur à nouveau. Des jeunes, seulement des garçons, rôdent autour des maisons cherchant de la « chair fraîche ». Ils me font penser à une meute de loups affamée. En chacun d’eux, je revois mes agresseurs. C’est les yeux ouverts, en direct, que je revis la scène filmée en détail, à tout jamais, dans ma mémoire. Dans un état second, j’écoute Abdel leur parler. Je n’ose pas les regarder. Il leur demande s’ils connaissent la maison de mon amie. Oh ! Que oui ! Ils l’attendent depuis des jours, sachant qu’elle vient tous les étés. Encore une putain française qui sert de nourriture à ces vautours… J’ai envie de vomir tellement je les hais.

Une fois l’adresse trouvée, nous rencontrons le grand-père. C’est Abdel, bien sûr, qui parlemente avec lui. Après cette discussion, nous repartons en direction d’Alger. Il ne veut pas me laisser là, dans cet endroit malfamé où je risque ma peau. Je suis soulagée et je l’en remercie. Si je pouvais exaucer un vœu sur-le-champ, ce serait celui de me transformer en homme immédiatement.

Nous reprenons donc le chemin pour la capitale. Nous écumons tous les hôtels… Mission impossible. Toutes les portes se ferment : je suis célibataire, seule et française. Et puis, il tente le tout pour le tout en m’emmenant à l’Ourasi, le plus bel hôtel d’Alger. Il est majestueux, digne des quartiers chics de Paris. Je ne le vois que de l’extérieur car, là encore, il rentre seul pour négocier.

Il ressort et à son regard je comprends qu’ils ont refusé de me donner une chambre. Il réfléchit et me demande de l’attendre devant l’Ourasi. Il me dit de ne pas bouger, qu’il revient. Abdel repart donc en voiture, en me laissant seule devant l’hôtel. Je suis trop épuisée pour me creuser la cervelle. Alors comme un automate, je m’assieds sur un mur. Mais, seule, j’ai peur. À chaque bruit de voiture, je me cache, en espérant que ce soit lui. Je ne sais pas exactement combien de temps je l’attends, mais mon angoisse grandit à mesure des heures qui s’écoulent...  

Texte@Laura Mare

A suivre !

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