Mon été 1987, "Mercredi 21 août, Le départ"

Mercredi 21 août                              

LE DÈPART

Le matin se lève trop tôt à mon goût. Sans déjeuner, sans nous laver, nous remercions notre hôte. Nous partons, toujours en bus, pour l’aéroport, comme une scène déjà vécue. Nous ne parlons qu’à demi-mot tant nous sommes épuisés. Je sais par Abdel que mes parents seront à Marignane pour m’accueillir. Faire cinq cents kilomètres pour venir me chercher et m’accepter de nouveau. Une belle preuve d’amour. Je ne mérite pas tant d’amour. Trop faible pour discuter, je reste silencieuse. Mon visa n’expire que dans vingt-quatre jours. Il me reste du temps, mais dans ces conditions cauchemardesques, je me plie au désir d’Abdel sans rechigner. Sans moi, cela sera plus facile pour lui. Enfin, je l’espère.  

Nous nous retrouvons à l’aéroport. L’ambiance qui y règne est la même qu’à mon arrivée, mais elle ne me trouble plus. Je suis habituée à leur manière d’être.

Mon vol est dans une heure. À l’intérieur, assis sur des marches, nous mangeons un sandwich. Manger est le dernier de mes soucis. J’ai du mal à l’avaler tellement je suis mal.

Abdel, négocie mon départ avec le douanier, c’est une habitude ici, malgré mon billet retour. Et puis, c’est l’heure des adieux. Moment de déchirement. Je lui demande de prendre soin de lui. De rentrer en France. Dernières larmes, dernières promesses. Il me promet que l’on se reverra. L’espoir me fait encore y croire. Je laisse Abdel dans le hall, et je passe en douane. Cette fois-ci on ne me fouille pas. Bizarre ! Je me retrouve du côté de l’embarquement. Mes bagages sont enregistrés et je sais que c’est la fin du voyage. Avant de monter dans l’avion, je le regarde une dernière fois. Je n’oublierai jamais son regard. Nous étions tous les deux fatigués, navrés et sales…

Je monte dans l’avion et je m’envole. Derrière le hublot, je vois Alger disparaître. Je laisse la misère et surtout, c’est ce qui me fait le plus souffrir, je laisse Abdel qui doit survivre. Mais je rapporte avec moi un secret lourd à porter. Le reverrais-je ? IN’CH ALLAH.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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