Mon été 1987 "Mercredi 21 août, En France"

Mercredi 21 août       

EN FRANCE

Tellement perdue dans mes pensées, je n’ai pas senti que nous atterrissons. Nous sommes à Marignane. Je suis en France. Pays des libertés. Je suis profondément triste et amère d’avoir laissé Abdel en enfer. Mais soulagée de fouler le sol français. J’ai passé la douane sans encombre malgré mes dettes ; j'apprendrai bientôt que mes parents et la mère d’Abdel ont tout réglé. Dans la foule, j’aperçois mes parents qui me font de grands signes. Je lis, sur leur visage, toute la joie et le bonheur de me retrouver. En larmes, ma mère me prend dans ses bras à m’étouffer. Elle me trouve sale et fatiguée. Mon père, même s’il est heureux de me revoir, se préoccupe seulement de mes bagages qu’il attend. C’est sa façon à lui de contrôler ses sentiments. Je les trouve vieillis. L’inquiétude les a marqués. Je culpabilise en silence. Les bagages sortent du tapis roulant et nous pouvons enfin partir. À peine sommes-nous montés dans la voiture que papa me sermonne. Mais je n’entends rien. À travers la vitre, je regarde le paysage défilé, si différent de celui que je viens de quitter. J’ai grandi, je n’ai plus peur et surtout je suis vivante. Mes pensées sont à Alger, près d’Abdel qui lutte contre son père. Que fait-il ? Où dort-il ? Mes premières paroles vont être pour lui. Je plaide sa cause. Je souhaite qu’il rentre en France. J’ai besoin de le sentir en sécurité.

Après avoir roulé pendant cinq heures, nous sommes devant la maison. Mon chez-moi. Malgré l’heure tardive, je prends une douche chaude. Que c’est agréable de sentir l’eau couler sur mon corps meurtri...Avec toute sa tendresse, maman me prépare une assiette de steak frites que je savoure. Je pleure, d’épuisement d’abord, et aussi parce que j'ai devant moi les plaisirs simples de la vie qui n’existe pas partout.

Je monte me coucher. Cette nuit, je n’aurai que le silence pour ami, plus de haut-parleurs. Mais des cauchemars qui naissent. Je me bats contre des fantômes qui, même invisibles, ont bien existé.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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