Mon été 1987 " Dimanche 25 août, Le retour d'Abdel"

 Dimanche 25 août 

LE RETOUR D’ABDEL

Cela fait maintenant quatre jours que je suis rentrée. Je traîne ma peine dans toute la maison. Je n’ai plus le goût à rien. Je ne dors plus, je mange peu et j’attends. J’attends que le téléphone sonne pour m’annoncer l’arrivée d’Abdel.

Depuis mon retour, je négocie tous les jours, avec mes parents et sa mère pour qu’il rentre. Sa mère m’appelle enfin. Son vol est prévu cet après-midi pour 15 h 30 à Satolas. Elle me dit ne pas pouvoir aller le chercher.

J’embête maman jusqu’à ce qu’elle accepte de m’accompagner à l’aéroport.

Dans la voiture que nous emmène à Satolas, j’angoisse terriblement. J’attends de le voir en chair et en os pour me donner le droit de respirer. La route a été longue pour nous deux et je pense sérieusement qu’une fois réunis tous les deux en France nous ne risquons plus rien.

Les portes de l’aéroport s’ouvrent et il est là, devant moi, fatigué, mais sain et sauf. Je suis folle de bonheur et je ne cesse de le regarder pour être sûre que je ne rêve pas.

La rencontre avec maman se passe merveilleusement bien. Nous allons le déposer directement chez sa mère. Elle est entourée de ses deux autres fils. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous le laissons donc avec sa famille, en sécurité. Mes parents les ont invités à dîner ce soir et nous retournons donc à la maison préparer le repas. En effet, mon père tient absolument à le rencontrer. Il veut le remercier de m’avoir fait revenir.

Cela m’émeut et me rassure de voir papa et Abdel discuter amicalement ensemble. Papa est fier quand Abdel lui dit que sa fille est « une tête brulée », aucun d’entre eux ne le sait vraiment à quel point. La soirée se déroule dans une ambiance de fête, avec des rires joyeux qui fusent de part et d’autre. Quelquefois, sans que personne ne s’en rende compte, je m’éloigne par l’esprit. Les barbares m’ont volé mon insouciance et ma joie de vivre. Il est tard ; après le café, Abdel et sa mère prennent congé.

Je reste seule avec mes parents. Papa, qui a été adorable toute la soirée, se met à tenir des propos agressifs. Il me dit beaucoup aimer Abdel, mais il y a un problème. Je m’en serais doutée. Ce problème est la religion. Je le rassure en lui expliquant que si Abdel avait voulu me faire du mal, il l’aurait fait en Algérie. Car beaucoup d’hommes musulmans changent de mentalité avec leur femme selon le pays où ils se trouvent. Et il n’en a rien été. Au contraire, il m’a protégée du mieux qu’il a pu en mettant sa vie et sa situation en péril. Il ne m’écoute plus et part se coucher. De mon côté, je suis confiante. J’oublie ses paroles.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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