Mon été 1987 " Mardi 27 août, La séparation"

Mardi 27 août

LA SÉPARATION

Je viens de déposer Abdel chez sa mère. Nous avons passé toute la journée ensemble à chercher du travail. Lorsque je rentre à la maison, en fin d’après-midi, papa est déjà là. Il tourne en rond comme un lion en cage et à sa tête je vois que cela ne va pas. J’ai à peine franchi le seuil de la porte qu’il me pose un ultimatum : « Ou bien tu quittes Abdel, ou bien tu quittes la maison ». Ai-je le choix ? Drôle de choix d’ailleurs. Mon père a attendu que maman parte travailler pour me parler. Il sait qu’en sa présence cela ne se serait pas passé ainsi. De peur de me perdre à nouveau, elle m’aurait défendue. Malheureusement, elle n’est pas avec moi.

La galère nous l’avons vécue, Abdel et moi, tous les deux. Je ne tiens pas à le traîner de nouveau en enfer. Car si je pars une nouvelle fois, je vais compliquer davantage la situation. Lui non plus n’a plus rien. Donc, le cœur brisé en mille morceaux, je renonce à Abdel, mais je n’accepte pas cette séparation.

Il est tard, je joins maman, qui me soutient, mais qui ne veut pas contrarier mon père.

Il fait déjà nuit quand j'appelle Abdel pour lui donner rendez-vous le soir même dans une cafétéria. Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Je lui téléphone devant mon père, qui me dit que c’est pour mon bien. Avant d’y aller, je me bourre de calmants. Mon frère, sur l’ordre de mon père, m’accompagne, comme un Algérien. Tel un zombie, je retrouve Abdel pour lui annoncer notre séparation forcée. Nous sommes restés longtemps ensemble ce soir-là. Je ne pouvais me détacher de lui tant la souffrance était grande. Après tout ce que nous avions vécu... Nous avions pourtant fait le plus dur. Je pensais que nous pouvions être heureux en France. C’était horrible. Mon frère était chagriné de ne pouvoir rien faire. On en parle encore tous les deux. Ces images restent à jamais gravées dans ma mémoire...

Texte@Laura Mare

A suivre !

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