Mon été 1987 "FIN"

Quelques jours plus tard, censément pour me faire oublier, mes parents m’emmènent en vacances au Portugal. Ces trois semaines ne serviront à rien, car certains villages portugais me rappellent l’Algérie…Avec ses palmiers, son soleil et la misère… De retour chez eux, j’enchaîne des travaux en usine très durs pour renflouer les caisses de mon voyage. Ma mère est malheureuse de me poser chaque matin à l’usine où je ponce les chaises. Un milieu masculin, mais leurs railleries ne m’embêtent plus. Je les agresse verbalement en arabe. Je ne ressens plus rien, je ne suis plus rien. Je me fiche de tout.

Cette vie dénuée de tous sens va durer trois longues années. J’ai enchaîné bêtise sur bêtise. J’ai tenté de mettre fin à mes jours à deux reprises. J’ai même fait une garde à vue. Et surtout, j’en ai voulu terriblement à mon père.

Sans Abdel, le cauchemar de ces trois hommes revenait sans cesse et lui me manquait à en crever. Jour après jour, semaine après semaine, je devenais une loque, une épave. La dernière fois que j’ai revu Abdel, j’étais à nouveau dans de sales draps. Il m’a secouée gentiment pour me faire réagir. Il m’a encore sauvé la vie. Ce fut notre dernier baiser. Il m’a alors appelée « son amour impossible ».

Je suis restée longtemps marquée par l’emprunte de l’Islam. Comme une drogue, je cherchais continuellement tout contact avec l’Algérie. Aujourd’hui, je vais mieux.

Mon escapade en Algérie n’aura duré que vingt et un jours. Je ne regrette rien malgré tout. J’ai vécu une histoire d’amour hors du commun. J’ai malheureusement beaucoup appris sur le vice des hommes, Algériens ou Français. Replonger dans mon passé est une épreuve douloureuse où des sentiments violents et enfouis se réveillent brutalement. Je devais avoir le courage de le faire. Pour toutes ses femmes qui subissent des choses horribles et qui n’ont pas la chance de naître en France ; pour Abdel, que je n’oublierai jamais et que je remercie profondément de m’avoir gardée en vie. Et puis, je ne crois pas au hasard. Après les émeutes en Algérie en 1988, je suis heureuse de le savoir ici. De toute façon, il est Français. J’espère qu’il a réussi à construire sa vie. Une vie sans histoires et pleine de bonheur bien mérité.

Aujourd’hui, nous sommes en hiver 2003. Mes parents déménagent. Ils ont vendu la maison de mon enfance pour vivre dans un quartier stéphanois. En souvenir de cette période délicate de ma vie, papa m’offre des objets me rappelant cet été 1987. Pourquoi ? Il regrette le mal qu’il m’a fait. Il sait que j’écris mon histoire et cette fois il est d’accord. Je le fais d’abord pour moi. Personne n’est au courant de certains épisodes de mon périple. Je vais certainement créer des chocs, mais tant pis. J’ai beaucoup mûri et je suis prête à assumer les conséquences de mes écrits. De ces conséquences, je m’en fiche, moi la Française.

De tous les pays du Maghreb, l’Algérie est le seul où aucun visiteur ne circule. Autant le Maroc et la Tunisie sont des « usines à touristes », autant l’Algérie reste à l’état sauvage. Depuis 1988, la population se bat contre le F.I.S. pour essayer de garder le peu de liberté qu’il lui reste. Les plus touchés sont les femmes et les enfants. Surtout les femmes. Nous devons, pour elles, les aider à combattre ces interdits qui sont le port du voile, le droit d’étudier, de travailler, de vivre tout simplement. Elles ne peuvent circuler librement, sans l’autorisation de leur chaperon. Je témoigne pour elles, en connaissance de cause. Ayant séjourné en Algérie, je peux confirmer les dires de ces femmes qui méritent d’être considérées comme telles et non comme des objets.

Texte@ Laura Mare

FIN

PS/

Vous êtes nombreux à m'avoir demandé la suite, dans "Le hasard n'existe pas", vous aurez cette première partie avec mon cahier Clairefontaine (les originaux rendus par Abdel 18 ans après mon escapade en Algérie, l'une des photos prises devant le monument des Martyrs en couverture et la deuxième partie 18 ans après).

"Rendez-vous à Venise" est une suite entre réalité et fiction demandée par les lecteurs.

Ces ouvrages sont sur mon site en page d'accueil, à la rubrique "Librairie" en format PDF ou EPUB car ils ne se trouvent plus dans le commerce. Mille mercis pour tous vos messages, votre générosité de coeur.

Amitiés sincères.

Laura Mare.

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