PAPA, alors on l'écrit cette bafouille ?

PAPA, alors on l’écrit cette bafouille ?

Eh oui, il n’est jamais trop tard pour le faire ! Une bafouille, oui ! Il serait temps !

Il y a quelques années tu me l’as demandé. Il y a quelques années, tu m’as demandé d’écrire une longue bafouille sur ta vie. Je n’ai jamais pris le temps, le temps de le faire. Pourtant, j’aurais dû. Je n’ai pas d’excuse. A-t-on une excuse face aux gens qu’on aime et qui nous quittent ? NON ! J’aurais dû m’y atteler lorsque tu as insisté. OUI, j’aurais dû…

Allez, tu es prêt ? On l’écrit cette bafouille ? Nous avons suffisamment perdu de temps, toi et moi, n’est-ce pas, papa ?

Né une nuit de juillet 1944. Le 28 ? Le 29 ? C’était aux alentours de minuit, paraît-il. Pfff !!!! Personne n’a jamais su, personne n’a jamais vraiment voulu savoir. Né à Lyon sur fin de deuxième guerre mondiale. Né sans amour. Né tout court…d’un père obsédé du sexe, un coureur de jupons comme on disait à l’époque et d’une mère perdue dans la tourmente de la guerre, déjà orpheline de naissance, déracinée de sa Corse natale. Alors, à quoi bon ressasser leur histoire puisque la tienne est suffisamment douloureuse.

Numéro 10. Porte bonheur pour un joueur de football de l’équipe de France. Pour toi, le numéro 10 n’est pas signe de bonheur, c’est juste un numéro supplémentaire dans la fratrie. Le dixième garçon envahit une famille déjà déchirée, déjà perdue, déjà appauvrie par le manque de tout, le manque d’amour, le manque d’argent…Mais tu es là, tu es venu au monde pour te battre, tu veux vivre et tu es né cette nuit de juillet 1944 sans rien demander à personne. Pourquoi d’ailleurs, aurais-tu demandé quoi que ce soit ? C’est lui, ton père, déjà fils illégitime du maire de Lyon de l’époque, Pradel, qui impose les règles lorsqu’il surgit dans l’appartement familial…Elle, ta mère n’a rien à dire. Elle doit subir les sautes d’ « humeur » de l’homme de la maison, comme c’était le cas autrefois.

Je ne raconterai pas ton parcours, ni ta vie. Elle a été suffisamment difficile. Juste te dire à travers ces quelques lignes que tu me manques toujours. Je t’entends encore dire, en écoutant Jean Ferrat, fier de moi : « c’est ma fille, elle écrit des bafouilles. »

Texte@Laura Mare

À suivre !

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