Régulièrement, vous aurez en page d’accueil, de petits éditos exprimant mes humeurs, mes émotions, mes coups de gueule, mes petits bonheurs ; toujours avec franchise, sans langue de bois !

Quelques jours plus tard, censément pour me faire oublier, mes parents m’emmènent en vacances au Portugal. Ces trois semaines ne serviront à rien, car certains villages portugais me rappellent l’Algérie…Avec ses palmiers, son soleil et la misère… De retour chez eux, j’enchaîne des travaux en usine très durs pour renflouer les caisses de mon voyage. Ma mère est malheureuse de me poser chaque matin à l’usine où je ponce les chaises. Un milieu masculin, mais leurs railleries ne m’embêtent plus. Je les agresse verbalement en arabe. Je ne ressens plus rien, je ne suis plus rien. Je me fiche de tout.

Cette vie dénuée de tous sens va durer trois longues années. J’ai enchaîné bêtise sur bêtise. J’ai tenté de mettre fin à mes jours à deux reprises. J’ai même fait une garde à vue. Et surtout, j’en ai voulu terriblement à mon père.

Sans Abdel, le cauchemar de ces trois hommes revenait sans cesse et lui me manquait à en crever. Jour après jour, semaine après semaine, je devenais une loque, une épave. La dernière fois que j’ai revu Abdel, j’étais à nouveau dans de sales draps. Il m’a secouée gentiment pour me faire réagir. Il m’a encore sauvé la vie. Ce fut notre dernier baiser. Il m’a alors appelée « son amour impossible ».

Je suis restée longtemps marquée par l’emprunte de l’Islam. Comme une drogue, je cherchais continuellement tout contact avec l’Algérie. Aujourd’hui, je vais mieux.

Mon escapade en Algérie n’aura duré que vingt et un jours. Je ne regrette rien malgré tout. J’ai vécu une histoire d’amour hors du commun. J’ai malheureusement beaucoup appris sur le vice des hommes, Algériens ou Français. Replonger dans mon passé est une épreuve douloureuse où des sentiments violents et enfouis se réveillent brutalement. Je devais avoir le courage de le faire. Pour toutes ses femmes qui subissent des choses horribles et qui n’ont pas la chance de naître en France ; pour Abdel, que je n’oublierai jamais et que je remercie profondément de m’avoir gardée en vie. Et puis, je ne crois pas au hasard. Après les émeutes en Algérie en 1988, je suis heureuse de le savoir ici. De toute façon, il est Français. J’espère qu’il a réussi à construire sa vie. Une vie sans histoires et pleine de bonheur bien mérité.

Aujourd’hui, nous sommes en hiver 2003. Mes parents déménagent. Ils ont vendu la maison de mon enfance pour vivre dans un quartier stéphanois. En souvenir de cette période délicate de ma vie, papa m’offre des objets me rappelant cet été 1987. Pourquoi ? Il regrette le mal qu’il m’a fait. Il sait que j’écris mon histoire et cette fois il est d’accord. Je le fais d’abord pour moi. Personne n’est au courant de certains épisodes de mon périple. Je vais certainement créer des chocs, mais tant pis. J’ai beaucoup mûri et je suis prête à assumer les conséquences de mes écrits. De ces conséquences, je m’en fiche, moi la Française.

De tous les pays du Maghreb, l’Algérie est le seul où aucun visiteur ne circule. Autant le Maroc et la Tunisie sont des « usines à touristes », autant l’Algérie reste à l’état sauvage. Depuis 1988, la population se bat contre le F.I.S. pour essayer de garder le peu de liberté qu’il lui reste. Les plus touchés sont les femmes et les enfants. Surtout les femmes. Nous devons, pour elles, les aider à combattre ces interdits qui sont le port du voile, le droit d’étudier, de travailler, de vivre tout simplement. Elles ne peuvent circuler librement, sans l’autorisation de leur chaperon. Je témoigne pour elles, en connaissance de cause. Ayant séjourné en Algérie, je peux confirmer les dires de ces femmes qui méritent d’être considérées comme telles et non comme des objets.

Texte@ Laura Mare

FIN

PS/

Vous êtes nombreux à m'avoir demandé la suite, dans "Le hasard n'existe pas", vous aurez cette première partie avec mon cahier Clairefontaine (les originaux rendus par Abdel 18 ans après mon escapade en Algérie, l'une des photos prises devant le monument des Martyrs en couverture et la deuxième partie 18 ans après).

"Rendez-vous à Venise" est une suite entre réalité et fiction demandée par les lecteurs.

Ces ouvrages sont sur mon site en page d'accueil, à la rubrique "Librairie" en format PDF ou EPUB car ils ne se trouvent plus dans le commerce. Mille mercis pour tous vos messages, votre générosité de coeur.

Amitiés sincères.

Laura Mare.

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Mardi 27 août

LA SÉPARATION

Je viens de déposer Abdel chez sa mère. Nous avons passé toute la journée ensemble à chercher du travail. Lorsque je rentre à la maison, en fin d’après-midi, papa est déjà là. Il tourne en rond comme un lion en cage et à sa tête je vois que cela ne va pas. J’ai à peine franchi le seuil de la porte qu’il me pose un ultimatum : « Ou bien tu quittes Abdel, ou bien tu quittes la maison ». Ai-je le choix ? Drôle de choix d’ailleurs. Mon père a attendu que maman parte travailler pour me parler. Il sait qu’en sa présence cela ne se serait pas passé ainsi. De peur de me perdre à nouveau, elle m’aurait défendue. Malheureusement, elle n’est pas avec moi.

La galère nous l’avons vécue, Abdel et moi, tous les deux. Je ne tiens pas à le traîner de nouveau en enfer. Car si je pars une nouvelle fois, je vais compliquer davantage la situation. Lui non plus n’a plus rien. Donc, le cœur brisé en mille morceaux, je renonce à Abdel, mais je n’accepte pas cette séparation.

Il est tard, je joins maman, qui me soutient, mais qui ne veut pas contrarier mon père.

Il fait déjà nuit quand j'appelle Abdel pour lui donner rendez-vous le soir même dans une cafétéria. Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Je lui téléphone devant mon père, qui me dit que c’est pour mon bien. Avant d’y aller, je me bourre de calmants. Mon frère, sur l’ordre de mon père, m’accompagne, comme un Algérien. Tel un zombie, je retrouve Abdel pour lui annoncer notre séparation forcée. Nous sommes restés longtemps ensemble ce soir-là. Je ne pouvais me détacher de lui tant la souffrance était grande. Après tout ce que nous avions vécu... Nous avions pourtant fait le plus dur. Je pensais que nous pouvions être heureux en France. C’était horrible. Mon frère était chagriné de ne pouvoir rien faire. On en parle encore tous les deux. Ces images restent à jamais gravées dans ma mémoire...

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Très touchée par vos messages.

Promis, je répondrai à tous au plus vite.

En attendant, vous pouvez me suivre sur Facebook en cliquant sur le lien ci-dessous :

 

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Amitiés sincères !

Laura Mare

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Mardi 26 août            

LA GALÈRE CONTINUE

J’ai repris mes petites habitudes. J’ai également récupéré ma voiture et mon droit de circuler en femme libre. Aujourd’hui, j’accompagne Abdel effectuer les démarches administratives pour ses papiers. Il vit désormais chez sa mère, que je vais embrasser, et nous allons à l’A.N.P.E. l’inscrire pour trouver un emploi. Quel accueil ! La dame au guichet est désagréable au possible lorsqu’il lui donne son nom de famille. Encore ce racisme. Mais cette fois, ce n’est pas contre moi, mais contre lui…

Nous sommes complètement anéantis. Nous sommes incompris dans n’importe quel pays.

Il faut savoir que ces jeunes Français d’origine magrébine sont malheureux. Je comprends maintenant, après avoir séjourné en Algérie, que leur vie et surtout leur quotidien sont difficiles. Ici et là-bas, ils sont traités à Alger de  sales Français et ici de sales Arabes. Ils sont devenus apatrides par la force des choses. Qui leur laisse la chance de se réaliser ? Étant donné la réaction de la conseillère de l’A.N.P.E., on comprend qu’ils deviennent agressifs. Personne ne leur donne la possibilité de faire leurs preuves. On les enferme dans des cités ghettos. Je plaide pour eux. Désormais je connais le racisme et l’intolérance. Je sais de quoi je parle.

Là encore, notre quotidien devient impossible : sa mère me reproche de l’avoir fait rentrer en France ; mon père me harcèle pour que je le quitte ; je n’ai plus de travail, plus d’argent. Abdel non plus ; et je dois rembourser mes parents. Abdel a tout perdu par ma faute. Il doit se reconstruire, ici, en France.

Je me demande sans arrêt comment trouver une solution le plus rapidement possible.  

Texte@Laura Mare

A suivre !

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 Dimanche 25 août 

LE RETOUR D’ABDEL

Cela fait maintenant quatre jours que je suis rentrée. Je traîne ma peine dans toute la maison. Je n’ai plus le goût à rien. Je ne dors plus, je mange peu et j’attends. J’attends que le téléphone sonne pour m’annoncer l’arrivée d’Abdel.

Depuis mon retour, je négocie tous les jours, avec mes parents et sa mère pour qu’il rentre. Sa mère m’appelle enfin. Son vol est prévu cet après-midi pour 15 h 30 à Satolas. Elle me dit ne pas pouvoir aller le chercher.

J’embête maman jusqu’à ce qu’elle accepte de m’accompagner à l’aéroport.

Dans la voiture que nous emmène à Satolas, j’angoisse terriblement. J’attends de le voir en chair et en os pour me donner le droit de respirer. La route a été longue pour nous deux et je pense sérieusement qu’une fois réunis tous les deux en France nous ne risquons plus rien.

Les portes de l’aéroport s’ouvrent et il est là, devant moi, fatigué, mais sain et sauf. Je suis folle de bonheur et je ne cesse de le regarder pour être sûre que je ne rêve pas.

La rencontre avec maman se passe merveilleusement bien. Nous allons le déposer directement chez sa mère. Elle est entourée de ses deux autres fils. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous le laissons donc avec sa famille, en sécurité. Mes parents les ont invités à dîner ce soir et nous retournons donc à la maison préparer le repas. En effet, mon père tient absolument à le rencontrer. Il veut le remercier de m’avoir fait revenir.

Cela m’émeut et me rassure de voir papa et Abdel discuter amicalement ensemble. Papa est fier quand Abdel lui dit que sa fille est « une tête brulée », aucun d’entre eux ne le sait vraiment à quel point. La soirée se déroule dans une ambiance de fête, avec des rires joyeux qui fusent de part et d’autre. Quelquefois, sans que personne ne s’en rende compte, je m’éloigne par l’esprit. Les barbares m’ont volé mon insouciance et ma joie de vivre. Il est tard ; après le café, Abdel et sa mère prennent congé.

Je reste seule avec mes parents. Papa, qui a été adorable toute la soirée, se met à tenir des propos agressifs. Il me dit beaucoup aimer Abdel, mais il y a un problème. Je m’en serais doutée. Ce problème est la religion. Je le rassure en lui expliquant que si Abdel avait voulu me faire du mal, il l’aurait fait en Algérie. Car beaucoup d’hommes musulmans changent de mentalité avec leur femme selon le pays où ils se trouvent. Et il n’en a rien été. Au contraire, il m’a protégée du mieux qu’il a pu en mettant sa vie et sa situation en péril. Il ne m’écoute plus et part se coucher. De mon côté, je suis confiante. J’oublie ses paroles.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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