Régulièrement, vous aurez en page d’accueil, de petits éditos exprimant mes humeurs, mes émotions, mes coups de gueule, mes petits bonheurs ; toujours avec franchise, sans langue de bois !

Mardi 13 août                  

PACTE DE PAIX

Après l’épisode malheureux de la veille, l’atmosphère s’est adoucie.

Je deviens petit à petit une fille du pays. Je m’imprègne de plus en plus de l’ambiance locale que j’ai voulu refouler jusqu’à présent. Je passe ma journée au rythme du soleil. Je traîne sur le balcon en écoutant de loin les bruits de la cité, devenus familiers.

Fatima, j’ai bien dit, Fatima, m’apprend la danse du ventre. Je suis là, en face d’elle, comme si j'étais son reflet, en djellaba, pieds nus, en train de me tortiller dans tous les sens. Cette danse traditionnelle dégage une sensualité à fleurs de peau. Je n’ai pas de mal à la suivre car j’ai pratiqué le modern-jazz pendant toute mon adolescence. La différence est que les Algériennes sont plus en chair que moi, donc c’est véritablement plus beau. Cette danse contraste réellement avec leurs interdits ridicules, leurs traditions terribles. N’importe quel homme, en France, craquerait devant un tel érotisme.

Nous cuisinons ensemble, en musique. Elle me montre comment rouler le couscous avec les mains. C’est tout un art. Les moments complices, nous n’en avons jamais eu et je me surprends à l’apprécier.

Abdel m’a appelée pour m’annoncer qu’il ne peut encore pas venir. Cela me fait mal, mais je sais qu’il n’y peut rien. Il est sous les ordres de son père qui est le patron de la boulangerie. Ma joie retombe tel un soufflé et je redeviens nostalgique. Je pense à mes parents. Maman a-t-elle reçu ma carte postale ?

Je l’espère en tout cas. Mais je ne sais pas comment de temps met le courrier à arriver à destination.

La journée s’est déroulée dans une ambiance doucereuse et agréable. Comme si elle devait être la dernière… ma dernière chez Fatima !

Intuitivement, je le sens, mais je ne peux l’expliquer. Un frisson incontrôlable me parcourt le long du corps. Comme un mauvais pressentiment, un danger quelconque.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Mardi 12 août           

PRISE AU PIÈGE

Les jours passent et ne se ressemblent pas avec mon hôtesse. Un jour Mrs Jackyl, un autre Mrs Hyde… Aujourd’hui c’est Mrs Hyde... J’appréhende chaque matin car je ne sais jamais comment la trouver. Abdel vient de m’appeler… Il va de moins en moins bien. Il ne me le dit pas, mais je le sens à sa voix. Je n’ose pas lui poser de questions. Je sais qu’il se préoccupe de mon sort et qu’il ne sait plus quoi faire de moi. Je sais aussi qu’il tiendra sa promesse envers mon père : celle de me protéger. Depuis mon arrivée à Zéralda, nous nous voyions pas comme nous l’aurions souhaité. Son travail lui prend énormément de temps et je n’ai pas de véhicule pour aller à Alger. Nous sommes à trente-cinq kilomètres l’un de l’autre. Mais prisonniers chacun de notre côté. Finalement, même si peu de distance nous sépare, nous ne sommes pas plus heureux. Je regarde nos photos jour après jour. Cela me donne la force de continuer à espérer dans ce foutu pays. Je ne tiendrai pas encore très longtemps. Je commence vraiment à manquer d’oxygène dans cette situation qui ne rime à rien.

Lire la suite : Mon été 1987 "Mardi 12 août, Prise au piège"

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Dimanche 11 août                            

UNE RECETTE DE FATIMA

Mon réveil s’est fait en douceur. Fatima a préparé une montagne de gâteaux : des ronds, des carrés, des triangulaires. Certains au goût prononcé de miel, d’autres aux amandes. C’est un véritable délice. Je me régale et cette petite douceur me redonne l’envie d’être gaie. Se réveiller dans ces conditions c’est un véritable bonheur. J’ai le sentiment que la journée sera bonne. De petites choses simples font tellement du bien au moral.

Fatima est contente. Je ne sais pas de quoi, mais ce n’est pas important. Le principal est qu’elle reste ainsi toute la journée. Je m’en contenterai volontiers. Elle m’annonce, d’une voix chantante, que nous allons à la plage. Après avoir bu mon café noir (elle s’est habituée) à la hâte, de peur qu’elle change d’avis, je me précipite dans la chambre pour faire les lits et me changer. Son époux travaille, donc nous irons seules, à pied, avec les enfants. De Zéralda à la plage, il y a environ trois kilomètres. Sur le chemin, les petits sont heureux et n’ont pas l’air de souffrir de la chaleur. Moi non plus d’ailleurs, car mon corps s’est adapté au climat. Nous portons les sacs de plage tout en discutant de tout et de rien. Que signifie ce brusque changement ? Le parfum sur sa peau m’est familier. Pourtant elle m’a dit avoir utilisé tout le pot de crème Nivea que je lui ai offert.

Nous sommes en semaine et malgré la période estivale, il y a peu de monde sur la plage. La musique, par contre, est toujours présente : les radiocassettes hurlent à tue-tête et nous encerclent. Leurs propriétaires, des jeunes bien évidemment, filles et garçons mélangés, s’amusent et dansent comme si la Terre entière leur appartenait. On doit avoir le même âge. Mais en ce moment, je me sens vieille, tant je suis usée et fatiguée. Du coup, je parais dix de plus.

Fatima nous a préparé une huile solaire maison, dit-elle. C’est un mélange d’huile d’olive et de citron. Je m’en étale sur les jambes, les bras, le visage et le dos, pour lui faire plaisir, en signe de paix. Pourtant je n’en ai pas envie !

Au bout d’une heure, entre le soleil, le sable et le sel de mer, je ne suis plus qu’une frite bien collante et salée de surcroît, prête à l’emploi. Je ne cesse de nager pour essayer d’enlever cette mixture. Au contraire, c’est de pire en pire. Lorsqu’il est l’heure de rentrer, je n’ose même plus m’habiller tant je suis gluante. Je suis pourtant contrainte d’admettre que je n’ai pas d’autre solution, sachant qu’ici je ne peux me permettre de rentrer en maillot de bain. Encore ce satané principe.

Durant tout le trajet, je porte la petite et le sac de plage, ce qui n’arrange pas mon état. De plus, j'ai vraiment mal au dos. En arrivant, je cours presque jusqu’à la douche. Malheureusement, peu d’eau sort du tuyau, juste un filet (c’est courant ici). Je n’arrive pas à me rincer correctement et je maudis intérieurement, l’eau et la lotion de Fatima.

Le soir, je me couche ainsi en jurant que jamais plus je n’utiliserai quelconque lotion inventée par Fatima. J’aimerais, au moins pour me soulager, me mettre un peu de crème Nivea, mais je ne trouve plus mes pots. Je n’ai pas le courage de chercher davantage. On verra demain. Je suis brûlée de partout et les moustiques vont se régaler. Mais malgré tout, la fatigue l’emporte et je plonge dans les bras de Morphée sans crier gare.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Samedi 10 août                                 

MA MONTRE

C’est ma fête aujourd’hui, mais personne ne le sait. Je me doute bien que mes parents ont les yeux collés sur le calendrier en pensant à moi, car chez nous tout est prétexte au petit cadeau ou à la petite attention. C’est maintenant que je me rends compte que leur absence me fait cruellement souffrir et cela me rend encore plus fragile. Donc, mes pensées, ce matin, sont en France. De toute manière avec Fatima, c’est tous les jours ma « fête ». Voilà que je retrouve mon humour, maintenant !

Lire la suite : Mon été 1987 " Samedi 10 août, Ma montre"

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Vendredi 9 août

LA SITUATION SE DÉGRADE

Trop épuisé pour rentrer sur Alger, Abdel est resté dormir à Zéralda. Dans ce pays, nous avons peu ou pas d’intimité. Toute relation en dehors du mariage est bannie. L’intolérance est reine et le mépris également. C’est insoutenable.

Il est reparti travailler ce matin tôt, je ne le trouve pas en forme. De plus, je sens que son père lui fait des scènes et du chantage à mon sujet. Normal, en moi il revoit son ex-femme. Cela m’attriste et me désole car c’est un véritable problème pour Abdel. D’une part, je serais malheureuse de le voir se brouiller avec sa famille, d’autre part, s’il n’a plus de situation, il ne pourra pas exister pleinement en Algérie.

De mon côté ce n’est pas mieux. Les paroles de mon père sont sans cesse présentes dans mon esprit. Fatima m’a trouvé un deuxième surnom : la putain française. Charmant... Et l’oncle, pour la première fois, m’a fait comprendre que nous n’avions plus la possibilité de rester ensemble la nuit, sous son toit : nous ne sommes pas, paraît-il, des exemples pour ses enfants. C’est de pire en pire. Je dois m’en aller. Mais comment ? Je n’ai plus un sou.

Lors de mes préparatifs, sur le conseil d’une amie qui connaît bien l’Algérie, j’ai acheté quatre pots de crème Nivea. Ici, les femmes souffrent du manque de produits de beauté et rêvent de s’en procurer. Le premier, je l’offre à Fatima en reconnaissance de son hospitalité. Je n’obtiens aucun remerciement, aucun signe de gentillesse. Elle m’héberge donc elle estime que c’est normal. Et pour m’encourager à la détester davantage, elle me fait briquer l’appartement de fond en comble. Merci ! Cette fois-ci, c’est à mon tour de lui trouver un surnom : Mrs Jackyl et Mrs Hyde. Cela lui va parfaitement, puisqu’il existe véritablement deux personnages. L’un lorsque nous sommes seules, l’autre en présence de tiers. Pour la narguer jusqu’au bout, j’ai ôté ma djellaba et remis mes vêtements européens dans lesquels je me sens moi-même. Pour le moment, c’est tout ce qu’il me reste pour garder mon amour-propre. Quand elle me laisse enfin en paix, je me réfugie dans la chambre pour contempler les photos faites devant le monument des Martyrs. C’est l’une des seules traces de bonheur qu’il me reste.

Et je me dis que ce n’est pas possible. Qu’il doit y avoir un moyen pour vivre heureux. Mais lequel ? C’est bizarre, Abdel ne m’a pas téléphoné ce soir. À moins qu’elle n'ait à nouveau coupé la ligne…

Texte@Laura Mare

A suivre !

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