Régulièrement, vous aurez en page d’accueil, de petits éditos exprimant mes humeurs, mes émotions, mes coups de gueule, mes petits bonheurs ; toujours avec franchise, sans langue de bois !

Samedi 3 août

Fatima a été odieuse. Elle m’a agressée verbalement dès le départ de son mari, m'a traitée de putain française et m’a dit que je ressemblais à la mère d’Abdel. Qu’est-ce qu’elle a contre la mère d’Abdel ? Je la connais bien, c’est une femme charmante. Je me transforme en Cendrillon sous l’œil attentif de mon hôtesse. Cette fois-ci, je n’ai pas échappé à la djellaba, violette de surcroît ! Avec les enfants, nous sommes allés au marché. C’est un grand mot pour moi l’Européenne. Les étals sont sur des couvertures à même le sol. Nous avons acheté une pastèque. Pour sortir, j’avais remis mon short et j’ai fait impression. J’avais oublié de mettre mon voile (…). Je pensais que l’Algérie serait comme le Maroc et la Tunisie, avec ses souks pour touristes et ses étals à souvenir. Je me voyais déjà marchander de belles choses, me balader tranquillement et visiter la ville seule pendant les absences d’Abdel. Je ne peux rien faire de tout cela. Les promeneurs dans ce pays n’ont pas leur place. D’ailleurs, je n’en ai vu aucun. Et surtout pas de femmes seules. Ils ont voulu leur indépendance, une belle Algérie libre où il n’y a désormais plus de matières premières, peu de travail et peu d’argent. Le dinar n’a aucune valeur. C’est dommage car c’est un pays qui ressemble à une carte postale ensoleillée, mais sans la chaleur humaine. Tout le monde se méfie et jalouse son voisin. Je ne peux me déplacer sans la présence des enfants. Dès que je mets le nez dehors, je ressens toujours les mêmes ondes chargées d’électricité : agressivité et méfiance. Aux yeux de tous, j’incarne le Mal, ce fameux Mal combattu quotidiennement par Allah. Je suis devenue le petit insecte répugnant, sujet de désir des hommes, le péché, l’interdit. Je suis bannie d’avance. Si j’avais finalement écouté les conseils de mes amies qui connaissent le pays, je crois que j’aurais réfléchi à deux fois avant de venir ! Même si j’aime très fort Abdel je ne suis plus sûre de vouloir rester ici. On m’a reléguée au même plan que les chiens errants. En France, nous avons Brigitte Bardot qui milite pour la gent animale. Ici aucun « prophète » illustre pour protéger ces animaux. Ils sont inutiles donc indésirables. Ils sont maigres et malades. Ils traînent dans les rues où on leur jette des pierres (comme ces femmes qu’on lapide). La comparaison est réelle puisque nous ne sommes pas mieux traitées.

Texte@laura Mare

A suivre !

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Vendredi 2 août

L’AID –EL-KEBIR

Aujourd’hui, c’est dimanche ici. Lorsque je me suis levée ce matin, il régnait une excitation ambiante tel un matin de Noël chez nous. Une odeur alléchante me chatouille les narines. Elle provient de la cuisine. Malgré l’heure matinale, Fatima est derrière ses fourneaux. C’est inhabituel. Que se passe-t-il ? Ses mains, d’une dextérité et d’un professionnalisme extrêmes, roulent la semoule de couscous. L’accompagnement, c’est-à-dire les légumes et la viande, mijote dans le couscoussier… Quelle agitation dans cette cité d’ordinaire calme et silencieuse ! Je ne comprends plus rien. Les enfants, en habits de fête, courent partout en riant. Des cris extérieurs me font regarder au balcon. Un attroupement d'hommes encercle des moutons et les égorge. Fatima m'explique de sa voix la plus suave (normal son mari est là) qu’on fête L’Aïd-el-Kebir. C’est une fête religieuse commémorant le sacrifice d’Abraham. L’histoire dit qu’on immola un mouton au lieu de sacrifier son fils Isaac. On égorge donc les moutons avant de les dépecer, pour ensuite faire un méchoui (les cuire à la broche), une spécialité d’Afrique du Nord. Les peaux sont mises à sécher sur les balcons. Quelle horreur ! Quelques femmes poussent des youyous après le massacre. Effectivement, ce soir les peaux sont sur les rambardes du balcon. C'est une infection avec la chaleur. Les mouches se régalent. Traditionnellement, les femmes et les enfants prennent leurs repas à l’écart des hommes. Eh bien, j’ai failli à la coutume ! Abdel nous a rejoints car c’est le week-end, et j’ai dîné avec les messieurs. J’ai dû certainement choquer, mais personne n’a fait de réflexion (pas devant moi en tout cas) et je m’en fiche éperdument. Après tout, je suis Française et je le resterai quoiqu’il advienne. Je trouve Abdel de plus en plus fatigué. Il n’a pas beaucoup le temps de se reposer à cause de ma présence et des kilomètres qu’il fait entre Alger et ce bled pourri.

Au fait, j'ai acheté à un marchand ambulant, un plateau avec une théière très locale. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire, mais ils me plaisent énormément.

 

Texte @Laura Mare

A suivre !

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Jeudi 1er août

Nous sommes jeudi, mais pour les musulmans c’est comme un samedi chez nous. Abdel est de repos. Il décide de m’emmener à la plage. C’est une bonne idée. Fatima est tout sourire. Normal, il est là. Sur les conseils d’une amie d’origine algérienne, j’ai acheté avant de partir un maillot de bain une pièce, pour ne pas être provocante. Lorsque nous arrivons à la plage, ma première impression est indescriptible. Au premier abord, un endroit de détente et de jeux comme partout ailleurs, bondé. Mais à la différence que chacun surveille sa femme, sa sœur, ses filles, ses nièces. Même ici, malgré la foule, je sens les regards braqués sur moi. Des haut-parleurs, une musique fuse. Je la sens et l’entends encore : du raï. Je me suis crue dans un rêve où je suis encore étrangère. Ce ne sont que des braillements, même sur la plage. Heureusement qu’Abdel est à mes côtés, sinon je me serai enfuie. Il me regarde nager comme si j’étais un trésor. Son regard protecteur m’a fait du bien et je me suis sentie à nouveau importante et désirable. La seule ombre au tableau est Fatima. Je n’ai pas envie de retourner à Zéralda. Je ne sais pas combien de temps je vais rester là-bas et je ne pose aucune question. Je pense qu’il n’a, lui non plus, aucune autre solution. Il connaît désormais ma situation de fugitive et me conseille d’appeler mes parents. Il sait par sa mère que mes parents savent où je suis et ils sont fous d’inquiétude. Je n’ose pas encore, les réactions de papa sont trop impulsives. De l’autre côté de la Méditerranée, des gens m’aiment du fond du cœur et se soucient de mon devenir. Cela me réchauffe le cœur car j’en ai vraiment besoin. Je me sens de plus en plus fragile dans ce pays qui ne m’accepte pas. Je commence réellement à avoir peur quand je suis seule le soir dans la chambre avec les enfants. À travers les murs peu épais, dans le silence, j’entends Fatima qui discute avec son mari. Ils parlent dans leur langue. Je pense franchement que c’est à mon sujet. Je deviens parano.  

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Mercredi 31 juillet

Fatima est de plus en plus curieuse à mon égard. Sa haine envers moi est flagrante. Elle me reproche mes jeans trop provocants à son goût. Elle veut absolument me prêter une djellaba. Elle m’a bien regardée… Il n’en est pas question ! Sa tenue n’est pas si pratique qu’elle le prétend : ce matin, je l’ai regardée laver par terre, sa djellaba remontée sur les cuisses et coincée dans les élastiques de sa culotte. Je voulais lui demander si elle voulait m’emprunter un jeans, c’est tout de même plus pratique pour les tâches ménagères ! Mais comme l’humour n’est pas son fort, je me suis tue. De plus, elle me trouve trop maigre. Pour elle, la femme doit être en chair. Plus elle est grosse plus elle est considérée et facile à marier, paraît-il. Je n’ai nullement envie de me marier pour le moment, ni d’être bien vue. De toute façon, même si j’arrivais à grossir, je resterais à jamais la Française. Là encore, nous n’avons pas le même point de vue ni les mêmes critères de beauté. En Afrique, la femme est belle lorsqu’elle grosse (signe de bonne santé physique). En Europe, elle doit être mince pour plaire. Tout est vraiment à l’opposé. Je pense finalement que ma place est ailleurs. J’aime Abdel du fond du cœur. Il est plein de bonnes attentions à mon égard et surtout il me respecte de la même manière qu’il l’a fait en France. Il ne connaît pas mes peines avec sa tante. Je resterai muette avec lui sur ce sujet. Combien de temps vais-je tenir avec cette folle furieuse ? Tout me rejette dans cet univers où je reste l’étrangère. Je commence de nouveau à perdre confiance en moi. Je me sens inutile. Je suis apeurée et je vis le racisme de l'intérieur. Cela m’étonnerait que je puisse trouver un emploi à Alger. À la longue, Fatima va me faire regretter mon père.

Nous aurions pu devenir amies, mais elle en a décidé autrement en déclarant la guerre. Je n’ose pas lui répondre car c’est encore mon hôtesse qui veille sur « mon confort ». Quand elle me laisse tranquille, je passe mon temps à fumer et à jouer avec les enfants. Le bonheur total !

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Mardi 30 juillet

Après la journée mouvementée d’hier, ma première nuit à Zéralda s’est bien passée. Nous avons dormi dans la chambre des enfants où l’on nous a attribué un matelas. Ce matin de bonne heure, Abdel est parti à Alger pour travailler et m’a laissée « aux bons soins » de Fatima. Lorsque les hommes de la cité sont partis à leur tour, après un long silence (à part la voix de l’imam), les femmes se sont mises à brailler de balcon en balcon. Pas besoin de téléphone...

J’ai eu un problème avec la douche. J’ai tellement l’habitude du confort qu’il m’a été difficile de me laver correctement avec le tuyau. J’ai passé une bonne partie de la journée avec les enfants. Par contre, je sursaute à chaque moment de la prière. Et, j’ai surtout, découvert la véritable personnalité de Fatima. Elle ne doit pas être très vieille, je n’arrive pas à lui donner d’âge. C’est une femme enrobée comme ils les aiment ici. Elle parle fort, gesticule exagérément en présence de son époux. Et, lorsqu’il s’absente, elle s’avachit en tailleur, à même le sol. Ce qu’elle préfère : me donner des ordres. Cela ne fait pas vingt-quatre heures que je suis ici, mais elle me traite comme un chien quand nous sommes seules. Je suis loin de tout. Le temps est long. Tout m’est étranger. Jusqu’aux odeurs de cuisine. Je suis anéantie par le comportement de Fatima, mais j’attends Abdel qui doit venir me chercher. Je ne lui dirai rien. Et puis d’abord, qui me croirait ? Moi, la citadine, je suis restée toute la journée cloîtrée dans cet appartement où je ne peux respirer. La télévision diffuse uniquement des émissions arabes et les chaînes sont limitées. Ils ne doivent pas connaître Canal Satellite. J’ai l’impression d’être sur une autre planète. Abdel a fait les kilomètres jusqu’à ma nouvelle demeure pour me sortir. Je sais que ce n’est pas facile car il travaille dans la boulangerie de son père. Nous sommes allés manger des merguez et il m’a ramenée à ma geôlière. Il ne peut pas rester toutes les nuits. Cela ne se fait pas ici.  

Texte@Laura Mare

A suivre !

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