Régulièrement, vous aurez en page d’accueil, de petits éditos exprimant mes humeurs, mes émotions, mes coups de gueule, mes petits bonheurs ; toujours avec franchise, sans langue de bois !

Balade à Alger (le même jour)

Sur la route qui nous emmène vers Alger, je suis détendue et à nouveau heureuse. Abdel me fait écouter W. Houston, et je me laisse envoûter par sa voix suave. Je me laisse bercer en pensant que j’ai réussi. La route a été longue et tortueuse jusqu’en Algérie. Mais j’ai réussi. Je savoure donc ces instants sans me poser de question. Le soleil tape fort malgré l’heure tardive. Tout va bien, nous sommes ensemble. Nous voici à Alger, en arabe al-Djaza’ir. Alger la Belle, Alger la Blanche comme on la nomme chez nous. Cette ville est impressionnante et émouvante. De loin, on peut l’identifier à sa jumelle qui est juste en face : Marseille. Avec son port, ses bateaux sur la Méditerranée. À l’écart, sur la colline, le plus bel hôtel algérien nous nargue : l’Ourasi. La ville ne ressemble pas au cliché que l’on s’en fait : tout ce qui reste de français est détruit ; beaucoup de commerces, de cinémas, et d'autres lieux encore sont fermés. Il reste juste une trace de notre passage. Ah ! Bien sûr, il y a les palmiers, le soleil… Mais rien à voir avec la richesse de Paris. Ici, l’homme qui n’a ni travail, ni dinar, ni voiture est un homme « mort ». Pas de commerces comme en Occident, mais des kiosques où tout se mélange : cigarettes, journaux, savons, boîtes de conserves... Abdel me fait découvrir le monument des Martyrs qui s’élève, majestueux au milieu d’une esplanade. Nous nous faisons prendre en photo comme des touristes japonais. Ces deux clichés vont m’aider à tenir moralement, mais je ne le sais pas encore. Peu de femmes dans les rues. Voilées pour la plupart. Les adolescentes sont plus modernes. Elles rêvent d’Europe. Certaines arrivent à s’émanciper, mais il y a un prix à payer. D’autres sont mariées trop jeunes. Eh oui, les mariages arrangés existent encore au XXe siècle. Dans la rue, je garde la tête haute comme me l’a conseillé Abdel. Ce n’est pas facile car dehors les hommes grouillent et l’on sent bien que je les choque. La rue est leur vie, pas celle des femmes. Il se fait tard, nous avons faim. Et, surprise ! Dans un beau quartier, devant moi, une galerie marchande digne de ce nom. Avec un restaurant français. Notre repas est succulent, le meilleur de tout mon séjour en Algérie. Toute bonne chose à une fin. Nous retournons à Zéralda.

J’ai la tête emplie de rêves. Je suis soulagée de savoir qu’Abdel reste avec moi cette nuit. Je trouve cela normal puisque je suis Française. Mais pas eux.  

Texte@Laura Mare

A suivre !

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 ZERALDA

Abdel me conduit donc chez sa tante qui accepte de m’héberger. Elle vit à Zéralda, à trente-cinq kilomètres d’Alger. C'est peu, mais l'état des routes n’est pas le même que chez nous. Nous arrivons à destination et je suis un peu surprise. J’ai l’habitude des petits villages corses isolés, où les mamas, vêtues de noir, assises sur leur chaise, regardent les gens passer. Dans mon imagination, Zéralda ressemblait à cela. Mais la réalité est différente. C’est un petit village typiquement algérien : le bled, comme on dit ici. Je suis mal à l’aise. Tout est blanc et poussiéreux. Les rues ne sont pas goudronnées, peu de gens à l’extérieur. Même Gibraltar, au sud de l’Espagne est plus accueillante, c’est pour dire. Devant l’immeuble de Fatima, la tante d'Abdel, je me sens de moins en moins à ma place. J’ai un goût amer dans la bouche. Malgré tout l’amour que je porte à Abdel, je ne suis pas certaine d’être la bienvenue. J’espère que mon pressentiment n’est pas fondé...

Lire la suite : Mon été 1987 "ZERALDA"

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Mardi 29 juillet (même jour, en terre algérienne)

Nous sommes simplement à une heure d’avion d’Alger. Juste la Méditerranée à traverser, mais deux mondes complètement opposés. Lorsque je pose le pied en terre algérienne, je passe des « temps modernes » à « l’âge de pierre ». Il fait une chaleur écrasante, et cette foule bruyante, des hommes, seulement des hommes, agglutinés derrière les vitres, attendent et cherchent un parent. Des jeunes gens, assis par terre en tailleur, semblent rêver d’un ailleurs. Les odeurs qui m’entourent me sont inconnues. Elles sont fortes et épicées. Rien de ressemblant avec la lavande du sud de la France. Dans ma tête surgit la musique du film de Midnight Express. Pourquoi celle-ci ? Je n’en sais rien, mais cela me donne les mêmes frissons. ; J’ai l’impression d’être dans ce même univers. Après avoir fait la queue, je passe la douane. On me fouille, presque à corps, c’est un homme, bien sûr, qui le fait. Ensuite, on fouille minutieusement mes sacs. On ne sait jamais, si j’étais une terroriste ! Je suis montrée du doigt, insultée, bousculée. Je suis une femme seule et française de surcroît. Je ressens une étrange impression. Je passe au guichet des devises : plus de francs sur moi, mais des dinars algériens. Et me voilà enfin de l’autre côté, à l’entrée de l’aéroport. Je commence à avoir peur. Je suis perdue et éprouvée physiquement. Je suis en train de fléchir… Je dois rester forte. Dans la foule, je ne vois pas Abdel. Je m’imagine qu’il m’a oubliée. Ouf ! Je suis soulagée lorsque je l’aperçois. Son sourire charmeur me fait oublier instantanément toutes mes souffrances. Je suis heureuse. C’est de ma faute s’il est en retard. En fait, je lui ai donné l’heure d’arrivée française. En Algérie, on garde l’heure d’hiver. Une heure qui m’a semblé une éternité. Nous sommes enfin ensemble. Par contre, il ne sait pas encore que peu de gens me savent ici, surtout pas mes parents. Il me pense en vacances, près de lui.

Dans la voiture, Abdel m’explique qu’il ne peut m’héberger chez son père, chez qui il vit. Celui-ci déteste les Françaises depuis que sa femme l’a quitté. Il s’est remarié avec une femme du pays (plus jeune). Et puis, il me dit quelque chose qui va m’ébranler un instant, quelque chose qui à l’air de lui tenir à cœur : en tant qu’Européenne je ne dois pas baisser les yeux devant les hommes. Eh oui ! Les Algériennes, lorsqu’elles croisent un homme dans la rue, doivent, par respect, regarder par terre… C’est charmant. Bienvenue en terre musulmane.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Mardi 29 juillet (encore en terre française)

Tôt le matin, nous partons en voiture pour Marignane. Marie et moi parlons peu. Il y a beaucoup d’émotion dans l’air. J’ai une boule dans la gorge et je ne cesse de respirer profondément pour ne pas craquer. Tout en regardant le paysage défilé, je fais comme chez mes parents…J’emmagasine les images pour ne pas oublier. À l’aéroport, je fais enregistrer mes bagages, le cœur serré. Ce n’est pas le moment d’avoir des doutes. Nous prenons un café, mon dernier petit noir français. J’allume une cigarette que je fume lentement pour retarder chaque seconde de ces instants présents qui s’envolent. Marie me glisse un billet dans ma poche à lire dans l’avion. Je recompte mes deux mille francs que je dois échanger en devises à l’aéroport d’Alger. Il est, paraît-il, interdit de faire circuler de l’argent étranger dans le pays. L’heure des adieux arrive et notre étreinte est douloureuse. Il m’est vraiment difficile de partir le cœur léger dans ces conditions. Il y a tant d’émotion ! Je la regarde s’éloigner en pleurs et lui promets de lui envoyer des nouvelles. Je dois maintenant aller en salle d’embarquement. Et là, je réalise que, peut-être, je commets une erreur. Je suis la seule en jeans, tiags et tee-shirt moulant. Les passagers en attente avec moi me regardent comme une bête de foire. Les mêmes regards insistants qu’au consulat. Il est désormais trop tard pour reculer. L’hôtesse nous appelle, le douanier à qui je présente mon passeport me demande si je désire réellement aller en Algérie. Je ne réponds pas. Nous montons enfin dans l’avion.

Je suis installée à côté d’une vieille femme algérienne qui me sourit. Je lis le billet de Marie et je chiale comme une môme. C’est la vieille dame qui me console gentiment en me parlant moitié français, moitié arabe. Pour mon premier voyage dans les airs, je pensais que l’hôtesse allait m’offrir une coupe de champagne. Il n’en est rien, car sur les vols pour le Maghreb, il n’y a pas d’alcool. Adieu la France.

Texte@Laura Mare

A suivre !

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Dimanche 28 juillet

Aujourd’hui, je suis mélancolique. Je n’ai pas dormi, et surtout, c’est l’anniversaire de mon père. C’est la première fois que je n’y assisterai pas. De toute façon, j’ai trop peur pour appeler. Il serait capable de venir me chercher, et cela, il n’en est pas question. Et puis, Abdel m’attend.

Dans la résidence de vacances où nous sommes, c’est la panique. Un feu s’est déclaré dans les pinèdes, juste derrière la villa. On nous fait évacuer sur la plage. Les pompiers et les journalistes sont sur place. Ces derniers sont en train de filmer la scène. Les gens courent dans tous les sens. Les enfants pleurent. On se croirait dans un mauvais film américain. Je réalise que la caméra est pointée sur nous et je pars me cacher. Il ne manquerait plus que l’on me voie aux informations de 20 heures ! Ce serait le bouquet ! Je suis à bout de nerfs. J’ai le sentiment, aussi fort qu’un pressentiment, que la terre entière se dresse sur ma route pour m’empêcher de partir. Je le sens, comme si un souffle invisible me disait « Reste, ne t’envole pas ! »

Plus de peur que de mal. Finalement, tout rentre dans l’ordre. Nous allons nous reposer à la plage.

Avec tous ces évènements, je n’ai pas vu la journée passer. Ma tête va exploser. Mes jambes se dérobent. Fébrile, je range à nouveau mes sacs avec une sensation de malaise. Je suis de plus en plus partagée entre l’envie de rentrer chez mes parents et l'envie de rejoindre celui que j’aime. La fatigue se fait sentir et le stress accumulé depuis plusieurs semaines m’a ôté tout courage. Je pleure sur mon égoïsme comme une enfant gâtée. Je n’ai pensé ni autres ni aux conséquences de mes actes. Enfin calmée, je téléphone à Abdel pour lui redonner l’heure de mon arrivée. Sa voix me fait du bien et je retrouve mon assurance. Ma tristesse s’est envolée. Vivement demain ! Je m’écroule comme une masse en rêvant à mon avenir. Ce sera mon baptême de l’air. Je n’ai jamais pris l’avion.    

Texte@Laura Mare

A suivre !

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